L’étude Mobi-kids (qui analyse l’impact du téléphone sans fil sur le risque de tumeur du cerveau pour les jeunes et qui a été publiée fin décembre 2021) est-elle fiable ou non ? Notre association Alerte Phonegate se donne le droit de poser publiquement la question. En effet, nos recherches découvrent que de nombreux conflits d’intérêts au bénéfice d’auteurs de la recherche Mobi-kids sont, soit simplement cachés, soit sous-estimés. C’est le cas pour un autre auteur de l’étude, à savoir le scientifique canadien Daniel Krewski.

Pour rappel : lors de la publication de l’article Mobi-kids dans Environment International, les auteurs avaient « oublié » de faire paraître la partie consacrée aux conflits d’intérêts. Ainsi monsieur Joe Wiart, un des auteurs, travaillait-il pour Orange Labs durant toute la période de l’étude (2009-2016). C’est notre intervention auprès de madame Elisabeth Cardis, coordinatrice de l’étude, qui a permis de rectifier ce manquement à la transparence (on lira notre communiqué sur le site Alerte Phonegate).

Depuis, nos recherches ont découvert que cinq employés du groupe Orange ont directement participé à un des volets stratégiques de l’étude, à savoir : la mesure de l’exposition des enfants et des jeunes atteints de tumeurs du cerveau.

À ce jour, les auteurs auxquels nous avons écrit n’ont toujours pas justifié leur position au sujet de la participation de l’opérateur de téléphonie mobile – et ce dernier n’apparaît d’ailleurs pas dans les conflits d’intérêts signalés.

Or, en ce qui concerne monsieur Daniel Krewski, c’est suite à notre action que son nom est apparu dans la rubrique des conflits d’intérêts, patents comme on le lit ci-dessous.

« D. Krewski est titulaire d’une chaire université-industrie en science du risque, évaluée par les pairs et administrée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (subventions de chaires de recherche industrielle du CRSNG (nserc-crsng.gc.ca)). L’Association canadienne des télécommunications sans fil a été un ancien partenaire de ce programme, mais n’a joué aucun rôle actif dans le programme de recherche de la chaire, qui fonctionne indépendamment des partenaires industriels. M. Krewski est également scientifique en chef et PDG de Risk Sciences International (www.risksciences.com), une entreprise canadienne créée en 2006 en partenariat avec l’Université d’Ottawa, qui a effectué des travaux contractuels sur les champs de radiofréquences pour des clients du gouvernement fédéral canadien. »

Bien qu’étoffées, ces informations ne brossent toutefois pas le tableau complet des nombreux et réitérés conflits d’intérêts que cumule ce scientifique avec l’industrie de la téléphonie – et d’ailleurs, pas seulement avec celle-ci.

En effet, Daniel Krewski a présidé le « Centre d’information sur le sans fil » (Wireless Information Resource Center – WIRC) de 1999 à 2015, date de la dissolution dudit Centre. Au cours des 15 années d’activité du WIRC, D. Krewski et le Centre McLaughlin ont été les principaux bénéficiaires du soutien de l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS). Le montant perçu pour la recherche sur les radiofréquences et la diffusion de l’information était de l’ordre de deux millions de dollars canadiens (1,4 million d’euros).

Le WIRC se dit indépendant mais son conseil d’administration comprenait pourtant des représentants de Lucent Technologies (Deborah Sena) et du fabricant de téléphones mobiles Motorola (Norm Sandler). Deux entreprises ayant un intérêt évident pour les effets des radiofréquences sur la santé. Pour autant, ceci ne figure pas dans la rubrique Conflits d’intérêts…

Par ailleurs, en 2013 Daniel Krewski a dû démissionner de la présidence du comité d’évaluation du SC6 (la norme nationale canadienne en matière de RF connue sous le nom de Code de sécurité 6), poste où il avait été nommé par la Société royale du Canada (SRC), l’équivalent de la National Academy of Sciences des États-Unis.

Dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ), le journaliste Paul Christopher Webster avait déjà reproché publiquement à monsieur Krewski de ne pas avoir signalé comme conflits d’intérêts le montant reçu en 2008-2009  d’Industrie canada – « un financement de 131 000 dollars pour « aider » à résoudre ce que le ministère canadien estimait être une opposition souvent fondée sur une perception erronée et une désinformation » au sujet des antennes de téléphonie cellulaire.

L’affaire a amené Daniel Krewski à se démettre de ses fonctions suite au retentissement médiatique dans la presse canadienne. Voici en résumé ce que l’on peut en lire dans cet article très complet publié en 2014 sur le site spécialisé Microwaves News :

« La déconnexion apparente dans cette histoire est que Krewski a été démis de ses fonctions pour ne pas avoir révélé un contrat de 131 000 dollars canadiens avec une agence gouvernementale, alors qu’il aurait pu ou non révéler qu’il avait reçu – directement ou indirectement – 2 millions de dollars canadiens ou plus de l’industrie de la téléphonie mobile au cours des 15 dernières années. »

À l’époque, cela avait fait réagir la scientifique canadienne Magda Havas [un des membres du Conseil scientifique d’Alerte Phonegate]. Elle s’exprimait ainsi auprès du journaliste Paul Christopher Webster :

« Le Dr Krewski, ainsi que plusieurs autres membres du groupe d’experts, ont des contrats avec l’industrie depuis très longtemps et sont connus, au sein de la communauté scientifique, pour soutenir les directives obsolètes et inefficaces » /// « Je n’ai jamais été témoin d’un tel mépris flagrant pour un examen scientifique indépendant dans toute ma carrière professionnelle. »

Ce contexte n’a donc pas pu échapper aux auteurs de l’étude Mobi-kids, lesquels ont pourtant soigneusement évité de signaler l’ensemble des conflits d’intérêts que Daniel Krewski entretient, et depuis longtemps, avec le monde industriel. Et en particulier avec celui de la téléphonie mobile.

Son appartenance en tant que directeur général [Chief Executive Officer CEO] de la société Risk Sciences International est encore une nouvelle facette de cet auteur à la croisée entre sciences et milieu des affaires. Un mélange peu propice à un travail indépendant vis-à-vis des financeurs !

Pour le Dr Marc Arazi, auteur du livre « Phonegate » :

« Plus nous avançons dans nos recherches sur les auteurs de l’étude Mobi-kids, plus nous constatons de graves manquements dans l’indépendance de certains des auteurs et des personnes ayant travaillé au sein de l’étude (les employés d’Orange). Il serait temps que les auteurs s’expliquent plutôt que de garder un silence qui résonne de plus en plus comme un aveu de culpabilité »

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